Oranges mécaniques
Fin des années 60 : le sport lui aussi fait sa révolution
Mai 1968... La société française fait sa mutation... Le sport lui aussi est en plein changement et, à Paris, la révolution n'a pas lieu qu'à la Sorbonne mais également du côté de la Porte d'Auteuil sur les courts en terre battue de Roland-Garros. En effet, en ce printemps de 1968, pour la première fois de l'histoire, un tournoi du Grand Chelem est ouvert aux joueurs professionnels. C'est de début de l'ère "open" et la finale va donc pouvoir opposer les deux incontestables meilleurs tennismen de l'époque : les Australiens Ken Rosewall et Rod Laver.
Un an plus tôt, en 1967, a eu lieu la première édition de la Coupe du Monde de Ski Alpin qui va permettre aux meilleurs skieurs de se mesurer chaque hiver. C'est le Français Jean-Claude Killy qui remporte le classement général, un an avant de se couvrir d'or aux Jeux Olympiques d'hiver de Grenoble en 1968.
Toujours en 1968, quelques mois plus tard, aux Jeux Olympiques d'été de Mexico, c'est le sauteur en longueur américain Bob Beamon qui va propulser sa discipline dans le futur en retombant à 8,90 mètres !
A ces mêmes Jeux de Mexico, les sprinteurs américains Tommie Smith et John Carlos lèveront leur poing recouvert d'un gant noir sur le podium du 200 mètres, pour montrer au monde que, même en cette période de mutation, certaines choses ne changent pas assez vite...
Un an plus tard, en juillet 1969, pendant que Neil Armstrong pose le pied sur la Lune, le Tour de France découvre un extra-terrestre : le Belge Eddy Merckx qui va remporter le classement général, le classement par points et le classement du meilleur grimpeur, performance unique dans l'histoire de la plus grande course cycliste du monde.
C'est donc dans une période et dans un sport en pleine mutation que le football s'apprête lui aussi à vivre une révolution...
Mexico 1970 : on croyait avoir tout vu...
Deux ans après les Jeux Olympiques, le Mexique organise la Coupe du Monde de football en 1970, et, de l'avis de nombreux spécialistes, ce fut la plus belle de l'histoire.
Pour qu'une épreuve soit belle, il faut plusieurs participants au sommet de leur art et ce fut le cas de quatre équipes nationales lors de cette Coupe du Monde.
Tout d'abord, l'Angleterre, tenante du titre contestée à cause de sa victoire en finale en 1966 entâchée d'un but litigieux de Geoff Hurst car la balle n'a sans doute pas franchi la ligne de but allemande. Quatre ans plus tard à Mexico, la revanche Angleterre - Allemagne a lieu en quart de finale et les Anglais ont le match bien en main en menant 2 - 0, on ne donne alors pas cher de la peau de leurs adversaires. C'est mal connaître la volonté des Allemands et le talent de Franz Beckenbauer, milieu de terrain de grande classe et dont la cote ne cesse de grimper. L'Allemagne arrachera la prolongation et s'imposera finalement 3 - 2 grâce à un but de son avant-centre Gerd Müller qui terminera meilleur buteur de la compétition avec 10 réalisations avant de recevoir à la fin de l'année le ballon d'or "France Football".
De vainqueur contesté quatre ans plus tôt, l'Angleterre fera un magnifique perdant en quart de finale à Mexico.
L'Allemagne va payer cette débauche d'énergie en demi-finale face à l'Italie dans ce que les spécialistes considèrent comme le "match du siècle".
A la fin du temps réglementaire, l'Allemagne et l'Italie n'ont pu se départager et le score est de 1 - 1. La prolongation qui va alors débuter sera l'une des plus folles de l'histoire. Franz Beckenbauer va jouer avec une épaule démise, le bras en écharpe. Les Italiens vont même oublier le "catenaccio" c'est à dire leur tactique ultra-défensive mise au point dans les années 60 par l'entraineur de l'Inter Milan : Helenio Herrera.
Gerd Müller donne l'avantage à l'Allemagne : 2 - 1
Le défenseur italien Burgnich égalise : 2 - 2
L'attaquant Gigi Riva donne l'avantage à l'Italie : 3 - 2
Gerd Müller, encore lui, égalise : 3 - 3
Gianni Rivera, ballon d'or 1969, donne la victoire à l'Italie : 4 - 3
Enfin, le Brésil qui, emmené par son maître à jouer Pelé, va dynamiter la Squadra Azzura en finale sur le score de 4 - 1. Le Brésil de 1970 est sans doute la plus forte Seleçao de l'histoire. Pelé, à 29 ans, est au sommet de son art, il n'est plus seulement l'attaquant génial d'autrefois, il est désormais aussi le dépositaire du jeu de l'équipe et il est entouré par des joueurs de grande classe : l'arrière droit offensif Carlos Alberto, les milieux de terrain Gerson et Rivelino et les attaquants Tostao et Jaïrzinho.
En 1970, la sélection du Brésil est alors considérée comme l'équipe produisant le jeu le plus accompli de l'histoire du football... Et pourtant en Europe, un vent nouveau se met à souffler sur ce sport...
... Mais une nouvelle révolution arrive du Royaume d'Orange...
Déjà, un an plus tôt, au printemps 1969, l'AC Milan de Gianni Rivera a conquis la Coupe d'Europe des Clubs Champions face à un club hollandais portant le nom d'un héro de la guerre de Troie : Ajax. C'est la première fois qu'un club des Pays-Bas arrive en finale de la Coupe d'Europe. L'Ajax Amsterdam est entrainé par Rinus Michels qui impose une discipline de fer à ses joueurs dont un jeune attaquant de grande classe : Johan Cruyff. Le club hollandais, défait 4 - 1 en finale, n'a pas pesé bien lourd face à l'AC Milan mais pourtant on va bientôt reparler de cette équipe hollandaise au maillot blanc rayé d'une large bande rouge verticale...
En 1970, c'est un autre club hollandais : le Feyenoord Rotterdam, entrainé par l'Autrichien Ernst Happel, qui va prendre le relai et ramener pour la première fois la Coupe d'Europe aux Pays-Bas en battant en finale le Celtic Glasgow 2 - 1. Dans les rangs de Feyenoord, évolue un milieu de terrain offensif gaucher de grande classe : Wim Van Hanegem dont les passes sont millimétrées et les coup-francs redoutables.
L'année suivante, en 1971, c'est à nouveau à l'Ajax d'Amsterdam que revient l'honneur de représenter les Pays-Bas en finale de la Coupe d'Europe. Cette fois, l'équipe de Rinus Michels est prête et Johan Cruyff en est devenu le maître à jouer. L'Ajax Amsterdam remporte sa première Coupe d'Europe 2 - 0 face aux Grecs du Panathinaïkos.
A la fin de cette saison, l'entraineur Rinus Michels va signer au FC Barcelone et sera remplacé par le Roumain Stefan Kovacs mais ce changement n'aura pas de conséquence... Le tsunami Ajax va continuer à déferler sur l'Europe et rien n'y résistera, même pas le fameux "catenaccio" italien.
En 1972, c'est l'Inter Milan de Giacinto Fachetti et Sandro Mazzola qui s'incline en finale face à la bande à Johan Cruyff qui se charge lui même de marquer les deux buts de cette finale.
En 1973, c'est la Juventus Turin de Dino Zoff et Roberto Bettega qui baisse pavillon face aux Hollandais sur un but d'un nouveau titulaire de l'Ajax : Johnny Rep.
... Et ça s'appelle le "football total"
Cette équipe de l'Ajax pratique un football comme on n'en a encore jamais vu, c'est sans doute moins technique que la Seleçao du roi Pelé en 1970 mais ça va plus vite et c'est plus physique.
Les joueurs de l'Ajax sont de véritables athlètes et ils vont révolutionner le rôle du footballeur en abandonnant la spécialisation au profit de la polyvalence.
Lorsque l'Ajax a la balle, tout le monde attaque, même les défenseurs et notamment les deux latéraux : l'arrière droit Wim Suurbier et l'arrière gauche Ruud Krol qui viennent soutenir les attaquants.
Lorsque l'Ajax n'a pas la balle, tout le monde défend, même les attaquants Johnny Rep et Piet Keizer. Les milieux de terrain comme Johan Neeskens ou Arie Haan harcèlent sans cesse les milieux adverses et deviennent très dangereux dès qu'ils récupèrent la balle car ils sont dotés d'une puissante frappe de balle.
Et au milieu de cette mécanique bien huilée, évolue Johan Cruyff dont la vitesse de course et la technique en mouvement lui permettent de rentrer dans les défenses européennes comme dans du beurre et d'hériter du surnom de "Pelé blanc".
Coupe du Monde 1974 : apogée et chute du Royaume d'Orange
Bien que toujours entraineur du FC Barcelone depuis 1971, Rinus Michels, l'inventeur du "football total" à l'Ajax, se voit confier, en 1973, la sélection des Pays -Bas qui va participer à la Coupe du Monde 1974 en Allemagne.
En 1973, Johan Cruyff a quitté l'Ajax pour rejoindre Rinus Michels au FC Barcelone et l'Ajax n'a pas pu conserver la Coupe d'Europe en 1974, c'est le Bayern Münich de Franz Beckenbauer qui lui a succédé au niveau continental.
En revanche, Cruyff est bien là en équipe nationale et les Pays-Bas sont donc logiquement les favoris de la Coupe du Monde 1974. Rinus Michels a évidemment transposé le "football total" de l'Ajax à la sélection. Les joueurs de l'Ajax forment l'ossature de l'équipe nationale des Pays-Bas à laquelle Michels à ajouter des éléments extérieurs de valeurs tels le défenseur Wim Rijsbergen, l'ailier gauche Robby Rensenbrink et le milieu offensif Wim Van Hanegem.
L'une des prouesses de l'entraineur Rinus Michels a été de faire cohabiter Wim Van Hanegem, maître à jouer de Feyenoord avec Johan Cruyff.
Pour la bande à Cruyff, la phase de poule du premier tour de la Coupe du Monde est une formalité. Le second tour est également sous la forme d'une phase de poule au cours de laquelle le match Pays-Bas - Brésil fait office de demi-finale. Pelé a renoncé à la sélection et le Brésil n'a plus rien à voir avec la fabuleuse équipe de 1970. Les tenants du titre sont battus logiquement 2 - 0 sur des buts des deux Johan : Neeskens et Cruyff. Le passage de temoin vient d'avoir lieu entre le Brésil au jeu si accompli 4 ans plus tôt et les Pays-Bas qui ont révolutionné le jeu depuis...
Oui mais... Il reste un match aux Pays-Bas de Cruyff pour vraiment succéder au Brésil de Pelé... La finale contre l'Allemagne, pays organisateur, l'Allemagne de Franz Beckenbauer, l'Allemagne battu de justesse en prolongation en finale en 1966 et en demi-finale toujours en prolongation en 1970...
La finale n'a débutée que depuis quelques secondes lorsque Johan Cruyff "le Pelé blanc" place un démarrage foudroyant et surprend son garde du corps : le défenseur allemand Berti Vogts. Cruyff rentre dans la défense allemande comme dans du beurre et se retrouve à terre suite à une charge conjuguée de Uli Hoeness et... Vogts revenu défendre en catastrophe.
Pénalty... D'une frappe lourde... Johan Neeskens propulse la balle sous la transversale de Sepp Maier... 1 - 0 pour les Pays-Bas.
Alors ce rapide avantage va procurer aux Hollandais un complexe de supériorité, au lieu d'essayer de "tuer" le match, ils vont faire circuler la balle sans forcer, narguant ainsi leurs adversaires et commettant l'erreur de répondre coup pour coup à l'épreuve physique imposée par les Allemands.
Les Oranges vont s'en mordre les doigts... Faute sur Holzenbein... Paul Breitner égalise sur pénalty.
Juste avant la mi-temps, sur une montée du milieu Rainer Bonhof, l'inévitable Gerd Müller donne l'avantage à l'Allemagne.
En seconde période, la belle mécanique hollandaise est grippée. Cruyff, marqué à la culotte par Vogts, recule au milieu de terrain, en pure perte.
En cette soirée de juillet 1974, au Stade Olympique de Münich, c'est le capitaine allemand Franz Beckenbauer qui soulève le trophée. Franz Beckenbauer, qui a abandonné depuis quelques années son poste de milieu de terrain qu'il occupait lors des Coupes du Monde 1966 et 1970 pour glisser en défense dans un rôle de "libero". Franz Beckenbauer qui reçoit, en ce jour de gloire, le surnom de "Kaizer Franz" pendant que "le Pelé blanc" le regarde brandir la Coupe du Monde.
Mais, si ce sont les Allemands qui ont succédé au Brésil en ce soir de juillet 1974, ce sont bien ces footballeurs-athlètes venus du Royaume d'Orange ainsi que leur célèbre N°14, Johan Cruyff, qui, sous le maillot de l'Ajax Amsterdam ou sous celui de l'équipe nationale des Pays-Bas, ont marqué à jamais toute une génération d'amateurs de foot...
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Et sluuurp !! A la santé du jus d'orange amélioré !
Je remercie tous ceux qui postent des réactions positives sur mes articles... Cela fait toujours plaisir...
Je remercie PDM pour la super video sur Cruyff... PDM qui me fait profiter de sa maîtrise de l'outil informatique...
Thomas... post 14... mes articles demandent une recherche dans des archives... celà prend du temps... et en fonction de mes activités professionnelles je n'ai parfois pas le temps... c'est pourquoi à certaines périodes je poste très peu...
J'aime vraiment et invariablement tes articles très riches. Je les souhaiterais plus nombreux
Et finalement n'est ce pas le meilleur remède pour la "footixerie" que de revenir dans quelques flash back. Les orange ont marqué une école de pensée qui a encore ses héritiers aujourd'hui et ça tombe bien ce tye de foot gagne encore dans le monde...cf Barça
Un maillot couleur feu... Ne composez pas le 15 ni le 18 mais demandez le 14...
Le foot comme un art en mouvement... Une flamme dans le regard, le port altier, les gestes rapides, précis, efficaces, tranchants comme des lames de rasoir...
Eliminer l'adversaire direct et en avant toute, toujours et inlassablement vers l'avant jusquà ce que les murs défensifs explosent sous les dribbles comme autant de coups de boutoirs...
Merci Mr Cruijff et longue vie à votre jeu...
Magnifique la vidéo ! A mentionner aussi (pour rester chez les bataves) l'équipe qu'ils avaient dans les années 80/90 menés par Van Basten (l'attaquant qui m'a le plus marqué), Gullit, Riijkaard, Koeman ! Que du beau monde, ils étaient champions d'Europe en 88, et devaient tout peter au mondial 90, mais ils se sont fait éliminés prématurément.
Un des très rares joueurs capable de faire, du milieu de terrain, plusieurs passes successives en profondeur ...pour lui-même
Excellent Sonny - encore merci ;-)
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pfffff et ca recopie les livres.......
Super article. je ne connaissais pas l'histoire et le contexte de ce football total. Quelles équipes s'en rapprochent le plus maintenant, Barça, Arsenal? N'y a-t-il pas non plus une part de football total dans le défunt jeu à la Nantaise?
Genial cet article comme je les aime. Une bonne chronique pour transmettre le savoir sur l'histoire du foot au djeun's qui danse la tektonik B-)
superbe! je reviens plus tard pour un commentaire plus long.
UNA STORIA DI MIERDA
J'ajouterais aussi que c'est juste pour ne pas salir la mémoire de Pelé que les gens disent ça.
Bel article bravo ! Ensuite pour être honnête OK le Bresil de 70 était la meilleure équipe mais de son époque !
Beaucoup de "spécialistes" disent que c'est the team de tous les temps....hum, hum....excusez moi du peu mais le foot de maintenant est beaucoup plus rapide, technique, et athlétique.
Je donnerais pas cher de leurs peau conte par exemple l'Argentine de Maradona (le vrai roi du foot), l'Espagne d'aujourd'hui (bon là je fais mon chauvin), et la France version Euro 2000 (rien que Zidane à lui seul vaut 3 Pelé).
Super bien raconté Sonny . Un vrai cours d'histoire . Respect
Belle histoire !
ça fait plaisir de revisiter ces moments de foot, c'est très bien retranscrit, bravo !