Quand Sindelar menait la valse viennoise
Le "WM" Anglais et ses N°9 "bulldozers"
A la fin des années 1920 et au début des années 1930, la tactique dominante qui se met en place dans le championnat d'Angleterre est le "WM" dont la paternité semble revenir à Herbert Chapman le coach d'Arsenal.
En attaque, ce système a la particularité de faire des 2 inters, qui évoluent en retrait, les créateurs de jeu de l'équipe. Il ne reste donc plus que 3 hommes en pointe, les 2 ailiers et l'avant-centre.
Le rôle de l'avant-centre, le N°9, est donc de terminer les actions construites par les 2 inters ou de reprendre victorieusement les centres des ailiers. Le "WM" classique des Anglais limite donc l'avant-centre à un rôle de pure finition.
Dans les années 1930, le championnat d'Angleterre verra donc apparaître des avant-centres de type "bulldozer" c'est a dire puissants, athlétiques et bons de la tête mais à la technique parfois incomplète.
Loin de l'Angleterre... "L'école Viennoise"
Le "WM"des maîtres Anglais influença les pays voisins et notamment le championnat de France qui fut converti au "WM" au cours des années 1930.
En revanche, l'Autriche, de par sa situation géographique, ne subit que très peu l'influence Anglaise. A cette époque, le football Autrichien développa donc sa propre personnalité : un jeu précis, élégant et doté d'une touche de fantaisie, c'est à dire des caractéristiques qui allaient bientôt porter le nom "d'école Viennoise".
Naissance du "Wunderteam"
Le 3 Mai 1931, Vienne est en émoi, l'Autriche reçoit pour la première fois l'Ecosse, redoutable représentant du prestigieux football Britannique et qui est invaincue sur le continent.
Devant 40 000 spectateurs, l'Autriche s'impose 5 - 0 !!! Les professionnels Ecossais sont médusés par le jeu offensif des attaquants Autrichiens qui manoeuvrent avec aisance sous la baguette de leur "chef d'orchestre" : le génial Matthias Sindelar.
A l'étranger, on demeura sceptique quelques heures devant les dépêches qui annonçaient ce score "incroyable"! Le "Wunderteam" était né et sa renommée allait se répandre dans toute l'Europe.
Quelques jours plus tard, c'est l'Allemagne qui fut "atomisée" 6 - 0 chez elle, à Berlin, par les artistes Viennois. Pendant 2 ans, le "Wunderteam" domina l'Europe du football.
Première défaite à Stamford Bridge
En décembre 1932, la renommée du "Wunderteam" était telle qu'il fut convié à venir défier l'Angleterre à Londres.
Devant 60 000 spectateurs qui ont pris place dans Stamford Bridge, les artistes Viennois ne sont guère à l'aise sur une pelouse grasse et dans l'humidité de l'hiver Anglais. A la pause, le score est de 2 - 0 en faveur des Britanniques.
A la reprise, changement brutal, les Autrichiens sortent de leur réserve et partent à l'attaque, la partie et surtout la fin de match deviennent alors extraordinaires avec 4 buts réussis au cours des 13 dernières minutes.
Le score final est de 4 - 3 pour l'Angleterre, le "Wunderteam" est battu mais il sort grandit de cette défaite car, pour la première fois de l'histoire, l'Angleterre a tremblé, chez elle, face à une formation continentale.
Toutefois, la défaite de Stamford Bridge laissera des traces. Le "Wunderteam" perdra alors peu à peu de sa cohésion. Lors de la Coupe du Monde 1934, l'Autriche sera éliminée en demi-finale par l'Italie, pays organisateur et futur vainqueur.
Le "Mozart du football"
Si l'Autriche a dominé le football continental pendant 2 années à partir de sa large victoire 5 - 0 sur l'Ecosse le 3 Mai 1931, ce n'est pas un hasard.
En effet, ce jour là, Hugo Meisl le sélectionneur Autrichien décida de modifier en profondeur sa ligne d'attaque et confia le rôle d'avant-centre à Matthias Sindelar le "maître à jouer" de l'Austria de Vienne.
Loin de l'influence Anglaise, Sindelar est à l'opposé des avant-centres "bulldozers" Britanniques. L'avant-centre de l'Austria est maigre et d'une apparence plutôt chétive mais il est doté d'une technique et d'un dribble incomparables. Bien qu'il porte le N°9, Sindelar ne se contente pas d'un rôle de finition, il n'hésite pas à "décrocher", à venir demander la balle en retrait pour construire lui même les actions offensives avec l'aide de ses partenaires d'attaque ou grâce à ses redoutables dribbles.
Matthias Sindelar fut le "maître à jouer" du "Wunderteam" du début des années 1930 et hérita du surnom de "Mozart du football". A l'heure actuelle, Sindelar est toujours considéré comme le meilleur footballeur Autrichien de tous les temps, il est également toujours cité dans les 4 ou 5 meilleurs joueurs du monde avant-guerre.
Les héritiers de Sindelar
En 1938, l'Autriche n'a plus d'existence officielle, les quelques joueurs rescapés du "Wunderteam" Autrichien du début des années 1930 sont incorporés dans l'équipe d'Allemagne.
D'origine juive, Sindelar trouvera toujours un prétexte pour refuser une sélection dans l'équipe du 3ème Reich.
Le 23 janvier 1939, Matthias Sindelar décède, à l'âge de 36 ans, dans des conditions assez mystérieuses.
Plus de 40 000 personnes accompagneront une dernière fois "le Mozart du football" dans les rues de Vienne le jour de ses funérailles et, pendant de nombreuses années, des mains anonymes viendront fleurir sa tombe.
Le plus grand joueur de football Autrichien de tous les temps n'était plus mais sa façon de jouer allait lui survivre de fort belle manière.
En effet, au début des années 1950, alors que l'influence du "WM" et de ses avant-centres "bulldozers" disparaissait, apparurent des N°9 techniques qui "décrochaient" pour construire le jeu de leur équipe.
Pour s'en tenir aux plus célèbres, on citera Nandor Hidegkuti de la grande équipe de Hongrie victorieuse de l'Angleterre en 1953, Raymond Kopa "maître à jouer" du Stade de Reims et de l'équipe de France ou encore Alfredo Di Stefano le "maestro" du grand Real Madrid 5 fois vainqueur de la Coupe d'Europe des Clubs Champions de 1956 à 1960.
Et encore plus tard, au début des années 1970, Johan Cruyff ne se limita pas à son rôle d'avant-centre mais fut un véritable meneur de jeu pour l'Ajax d'Amsterdam et l'équipe nationale des Pays-Bas.
Kopa, Di Stefano, Cruyff... Le "Mozart du football" nous a laissé de biens beaux héritiers...
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Inter... y'a bien longtemps que je n'avais plus entendu ce mot-là dans une discussion foot
Panam (post 10) : merci... non c'est pas moi à 20 ans ;-) ... mais bien Matthias Sindelar... (belle photo qu'a mis Manu Bocquet)
Ferdi (post 7) : non c'est pas le yan... :D mais c'est vrai que Sindelar avait une frêle silouhette...
Macri (post 10) merci... oui tu vois Kopa comme un 10... car il évoluait en retrait comme les avant-centres d'Europe centrale... mais les N°10 axiaux comme tu les connais aujourd'hui (Zidane, Gourcuff...) n'existaient pas à l'époque... et Kopa était numériquement le N°9 de l'équipe de France... c'est à dire l'attaquant axial... mais à la différence des N°9 britanniques de l'époque... Kopa évoluait en retrait... un N°9 meneur de jeu si tu veux (ça donnera naissance aux N°10 tels qu'on les connait aujourd'hui)... et cette position en retrait de l'avant-centre Kopa a permis aux 2 inters Fontaine (inter droit et N°8) et Piantoni (inter gauche et N°10) d'évoluer en pointe et d'être chargé du travail de finition avec la réussite que l'on sait pour Fontaine (13 buts lors de la Coupe du Monde 1958 en Suède)... Fontaine bénéficiait du travail de construction de Kopa qui évoluait en retrait bien qu'il avait le N°9... Kopa fut d'ailleurs élu meilleur joueur de la Coupe du Monde 1958 et Ballon d'or 1958 pour ce travail d'organisaton et de construction du jeu...
Je vais bientôt faire un article pour synthétiser toutes ces évolutions tactiques... ce sera pas simple... mais je vais essayer...
Tres bon article Sonny §
Par contre une question me taraude: C'est toi à 20 ans sur la photo qui accompagne ton post.......??? :D
Bel article sonny, c'est toujours un plaisir
Par contre je suis pas un spécialiste mais je voyais plutôt Kopa comme un numéro 10 !
Au fait j'aime pas Puel et contrairement à bcp de lyonnais je ne l'ai jamais aimé même à Lille que je detestais voir jouer, cété l'équipe la plus chiante du championnat et voyez aujourd'hui ! Attaque mitraillette
le mec sur la photo c'est pas le yan? ou son oncle...
ya un voleur qui s'est introduit chez moi
!
dans quelques années on aura droit a l'article : "quand l'OL jouait au football"
:D
Bien ouéj sonny
Toujours très intéressant Sonny
Classieux Sonny - merci, merci, merci
Sonny , l'historien du blog ! merci encore pour tout ce que tu nous apprends